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Best of CR 2012 - 3eme place - Tour du Mont Blanc

récit course à pied

Auteur: Xav - 102 pts

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Tout vient à point à qui sait attendre ---

Ça y est, le 15 août est enfin arrivé ! La planification de ce Tour du Mont-Blanc a débuté il y a des mois, et je ne pense plus qu’à ça depuis quelques semaines. Le moment est enfin venu d’attaquer ces 5 jours de trail autours du toit des Alpes. Au programme, environ 35 km et 2000 m+ par jour, repartis en France et chez nos voisins Italiens et Suisses.

Deux bémols, loin d’être anodins, viennent cependant ternir la joie du départ. Primo, nous ne sommes que deux au lieu de trois prévus initialement, le dernier larron ayant trouvé le moyen de se faire une entorse du genou il y a une dizaine de jours. Secundo, mon accompagnateur « valide » n’est pas en très bon état non plus, puisqu’une chute de moto il y a quelques semaines l’a privé d’entrainement jusqu’à aujourd’hui, et que sa cheville n’est pas encore complètement rétablie. N’écoutant que son courage, il décide nonobstant de prendre le départ.

Etape 1 : Les Houches (France) - Les Chapieux (France)

Le profil de l'étape

récit course à pied

C’est donc de la gare des Houches que nous nous élançons vaillamment, peu avant 9h, pour les deux difficultés du jour nous menant aux Chapieux : le col de Voza, puis le col du Bonhomme. Inutile de se faire violence dès la traversée du village, le chemin est encore long, et nous décidons donc de marcher tranquillement jusqu’à attaquer la montée du col de Voza. On en profite pour discuter, et je décris à mon acolyte l’ensemble des sommets environnants. Après plus de 1h30’ sur un large chemin serpentant au milieu des pistes de ski, nous atteignons le sommet, sans trop de difficulté. Nous croisons le tramway du Mont-Blanc, emmenant les alpinistes au pied l’ascension du Mont-Blanc. Ce dernier est d’ailleurs pris dans les nuages, et nul doute que peu de gens iront au sommet aujourd’hui, comme ce fut mon cas il y a quelques semaines… Premier replat et première descente, où nous pouvons enfin courir pour de bon. Nous croisons de nombreux randonneurs et vététistes, alors que le soleil se fait sérieusement sentir. 600 m- plus tard, nous débouchons sur un petit monotrace en forêt, parfait pour faire une pause à l’ombre et se faire un petit ravitaillement. Cette portion vallonnée nous amène ensuite jusqu’aux Contamines, où toute une foule de badauds profite de cette belle journée du 15 août pour faire leur balade familiale. Pas facile de slalomer au milieu de tous ces gens, même si la plupart nous laisse gentiment passer. Au niveau des sensations, les jambes tournent bien, et je prends régulièrement de l’avance sur mon camarade. J’avoue que cela m’inquiète un peu pour la suite, on n’a pas non plus une marge énorme sur nos temps de course, et je vois bien qu’il est à la peine. Avant d’entamer la très longue montée vers le col du Bonhomme (1500 m+ pour 11 km…), nous décidons de souffler un peu tout en avalant un sandwich.

Requinqués, nous nous élançons sur la grosse difficulté du jour, sous un soleil de plus en plus pesant. A chaque fontaine et chaque cours d’eau, j’en profite pour tremper ma casquette et m’asperger. Quel plaisir de sentir pendant quelques minutes des gouttes ruisseler sur mon visage et le long de ma nuque ! Par contre, j’attends de plus en plus souvent mon partenaire ; au bout d’un moment, il m’annonce ce qui est déjà une évidence : sa cheville ne tient pas. Impossible de trottiner, et même marcher devient très douloureux. Sur toute la deuxième moitié de la montée, je reste avec lui pour imprimer un rythme régulier et essayer de lui changer les idées. En plus, sur ce col, plus on monte, et plus c’est raide ! Un névé à traverser et une dernière grosse rampe à gravir, et nous voilà enfin au sommet. La vue est superbe, on prend notre temps pour se reposer un peu et faire quelques photos.

Nous enchainons alors sur 45’ d’un sentier assez accidenté, faisant la jonction entre le col du Bonhomme et le col de la croix du Bonhomme. Là, nous dévorons la fin de notre pique-nique, pour s’élancer dans les 1000 m- concluant cette première étape. Mon pote est à l’agonie, et cette descente raide et technique est pire que tout. En plus, nous loupons un embranchement pour terminer dans un champ d’herbes hautes et de fougère et finir nez à nez avec un ravin surplombant les Chapieux ! Obligés de remonter pendant de longues minutes pour regagner le GR, et finalement atteindre le refuge de la Nova vers 19h, assoiffés et vidés de toute énergie.

Même pas le temps de prendre une douche, la table est déjà prête et le gardien du refuge préfère que nous allions nous installer directement. Le repas est vraiment sympa, nous discutons avec tous les gens à notre table pour partager nos expériences sur le TMB. Après une bonne douche, nous nous offrons même le luxe de boire une bière, en essayant de remonter le moral de mon ami. Pour lui, le TMB se finit ce soir, il rentrera aux Houches demain matin en bus. Pour moi, l’aventure continue en solo…

Bilan : 38 km, 2500 m+, 2000 m-, 8h55’

Etape 2 : Les Chapieux (France) – Courmayeur (Italie)

Benvenuti in Italia

Avant tout, une petite explication suite à une question que l’on m’a posée maintes et maintes fois durant ce TMB : pourquoi avoir continué seul pendant 4 jours ?? .

Tout d’abord, parce que ces 5 jours étaient l’un de mes objectifs principaux pour cette année. Ensuite, parce que j’ai mis beaucoup de temps et d’énergie (et accessoirement un peu d’argent) à planifier tout ça, et que je n’avais pas envie de tout laisser tomber au dernier moment. Et pour finir, parce que de toute façon j’ai l’habitude de m’entrainer seul quand je sors en trail, non par choix mais par obligation, ne connaissant que peu d’autres coureurs en Haute-Savoie, et la plupart étant bien meilleurs que moi ! En plus, je trouve intéressant le fait de voyager seul, puisque cela nous pousse bien plus à aller vers les gens et à faire des connaissances, plutôt que de rester sagement avec notre entourage.

Le profil de l'étape

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Cette première nuit au refuge n’est pas des plus reposantes : le papi du lit à côté ronfle comme une moissonneuse-batteuse, et même mes boules Quies ne parviennent pas à couvrir les décibels émis par mon voisin. En plus, en fin de nuit, j’entends quelques averses, et je sais que la météo est assez incertaine pour ce matin.

Un bon petit déjeuner, un passage à l’épicerie d’en face pour m’acheter de quoi me faire un sandwich, je dis adieu à mon pote qui s’éloigne en minibus, et part sur le coup des 9h sous un ciel gris mais sans pluie. Aujourd’hui, encore deux difficultés se présentent à moi : le col de la Seigne, frontière entre la France et l’Italie, puis le col de Chécrouit, surplombant Courmayeur.

Je commence par quelques kilomètres sur une petite route légèrement montante, idéale pour commencer à s’échauffer en marchant, jusqu’à rejoindre la Ville des Glaciers. Là, je passe sur un large chemin, qui serpente et prend de la hauteur rapidement. Le brouillard alentour m’inquiète un peu, mais je suis vite rassuré en réalisant que le col semble dégagé, presque 1000 mètres plus haut. En fait, je suis même très chanceux, car c’est presque le seul endroit qui ne soit pas pris dans les nuages ! Une fois n’est pas coutume, les dieux de la météo semblent être de mon côté aujourd’hui. Au passage du refuge des Mottets, je vois qu’il est toujours possible de louer un âne pour porter les sacs à dos jusqu’au sommet du col. Une fois là-haut, vous récupérez vos sacs et l’animal redescend tout seul au refuge ! Je me rappelle très bien de ce passage quand nous avions fait le TMB avec mes parents en… 1994 ! Ça commence à dater… Je double d’ailleurs plusieurs familles ayant opté pour ce mode de transport, à la plus grande joie de leurs bambins ! En un peu plus de 2h, me voilà à la frontière franco-italienne. J’enfile mon coupe-vent pour la première et unique fois de ce TMB, grignote une barre, prends quelques photos, puis bascule dans la descente. Effet italien ou pas, les nuages se dissipent rapidement pour laisser place à un chaud soleil.

Quelque 500 m- plus bas, une interminable ligne droite sur une section plate a raison de ma volonté, et je m’arrête pour casser la croûte, au pied de la seconde montée de la journée. Cette pause me scie littéralement les jambes, et j’ai toutes les peines du monde à relancer la machine en direction du col Chécrouit. Mon obstination est récompensée une fois le sommet atteint : une superbe vue sur le Mont-Blanc et les sommets environnants s’offre à moi. Qui plus est, les 1200 m- de descente jusqu’à Courmayeur se font sur un petit sentier absolument jouissif, les parties pierreuses et techniques du début laissant par la suite place à un dernier monotrace terreux où je prends un plaisir énorme. Je fais toute cette descente avec un large sourire aux lèvres, en me disant que j’ai définitivement fait le bon choix en décidant de continuer malgré tout !

L’arrivée sur Courmayeur est moins réjouissante, avec quelques kilomètres sur une route assez fréquentée, et une poche à eau vide depuis de trop longues minutes. Je débouche finalement sur l’office du tourisme, où une charmante hôtesse m’indiquera la direction de mon hôtel. Profitant de l’étape la plus courte du tour, je rejoins ma destination finale relativement tôt, peu après 15h. Cela me laisse le temps de profiter d’une bonne douche, de m’étirer consciencieusement, de faire une sieste de presque 2h, puis d’aller flâner dans le centre piéton de Courmayeur pour y trouver un restaurant. Je m’écroule dans mon lit à 21h30, regarde du foot jusqu'à 22h, puis ne tarde pas à trouver le sommeil…

Bilan : 30 km, 1700 m+, 2100 m-, 5h36’.

Etape 3 : Courmayeur (Italie) – La Fouly (Suisse)

Debleu, ici c’est la Suisse !

D’après un très bon ami, finisher de plusieurs ultra trails, et ayant déjà expérimenté les courses par étapes, c’est toujours le troisième jour le plus dur. Malheureusement, je n’échappe pas à la règle. Après une nuit où j’ai pourtant dormi comme un bébé, je me réveille affamé et fourbu. Les premières douleurs font leurs apparitions : ma cheville droite est raide comme un coup de trique, mes chaussures d’ordinaire si confortables accueillent difficilement des pieds endoloris, mes genoux me font mal en descendant les escaliers, et j’ai une irritation au niveau de l’entre-jambe, probablement due aux manchons de compression, que je décide donc de ne pas utiliser aujourd’hui.

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9h, je sors de l’hôtel, et il fait déjà chaud. Je passe par une épicerie dans le centre, puis essaie de retrouver le GR quittant Courmayeur, et me permettant d’aborder les deux difficultés (et demie) du jour : le col Sapin, le passage entre deux sauts (c’est la demie difficulté), et le grand col Ferret. Je ne trouve aucune indication pendant presque quinze minutes… Retour à la case départ, où je rencontre un jeune Espagnol aussi paumé que moi. Je passe par l’office du tourisme, et finit par dénicher les panneaux tant convoités. Au passage, je retrouve également le collègue espagnol, avec qui nous allons partager un bout de chemin tout en faisant connaissance. Une route, puis une piste carrossable, et nos chemins se séparent : lui part vers le refuge Bertone, moi vers le col Sapin. Pour l’anecdote, je pensais que l’UTMB empruntait le col Sapin, d’où mon choix. En fait pas du tout, l’UTMB passe par Bertone (les petits joueurs !! ), et le col Sapin me rajoute donc presque 800 m+ par rapport au parcours « classique »… Quand on aime, on ne compte pas !

Après être parti doucement pour tailler la bavette avec mon ami ibère, j’essaie de hâter le pas sur ce petit sentier dont la pente s’accentue régulièrement. Comme lors des deux premiers jours, le soleil cogne déjà fort en cette matinée. Je suis bien heureux de pouvoir profiter de l’ombre salvatrice offerte par une forêt de résineux jusqu’à la moitié du col. Sur la deuxième moitié en revanche, je suis en plein cagnard, la trace devient méchamment raide, je me sens lourd, j’avance au ralenti. En bref, j’en chie grave ! Heureusement, je peux profiter des vues superbes sur la face la plus spectaculaire du Mont-Blanc, ce qui me redonne du baume au cœur. J’atteins enfin le sommet, presque trois heures après avoir quitté Courmayeur. Je me tartine de crème solaire, mange une barre, et repart assez vite. Je préfère ne pas trop trainer ; vu mon allure aujourd’hui, je suis un peu anxieux pour les délais et la grimpette du grand col Ferret.

Un petit bout de descente, ça fait du bien de dérouler. Par contre, je loupe une bifurcation et pars trop bas. Heureusement, je m’en rends compte assez vite et fais demi-tour, mais c’est toujours rageant ! Surtout que j’avais pas besoin de ça aujourd’hui !! La demie difficulté s’avère être un calvaire, et ces malheureux 300 m+ me pompent une énergie folle.

Encore une fois, je bascule vite sur la descente suivante, où je prends pas mal de plaisir malgré la fatigue. Par contre, quelques alertes me rappellent que ma vigilance est sur le déclin : une réception un peu lourde après un « saut de cabri » pour éviter une pierre, un pied qui bute sur un caillou et qui manque de me faire tomber… Attention, l’accident n’est pas loin ! Sur cette descente, je fais un crochet de quelques hectomètres pour rejoindre le refuge Bonatti et remplir ma poche à eau. Il y a très peu de fontaines en Italie, et je préfère ne pas louper cette occasion de faire le plein. Je rejoins enfin le pied de la descente ; en cinq heures de course, je n’ai mangé qu’une malheureuse barre à la banane, et il est grand temps de se sustenter. Enfer et damnation !! Cette maudite tomme italienne n’a pas supporté la canicule : son goût est devenu écœurant, et je n’ai même pas de couteau pour enlever la croûte ! Je savais bien que j’aurais dû m’en tenir aux fromages bien de chez nous !! Quand bien même, je me force à manger avant de partir à l’assaut du grand col Ferret, point culminant de mon TMB avec ses 2537 m.

J’attaque le montée au pire moment : il est 15h passé, la chaleur est écrasante, et pas le moindre arbrisseau sous lequel s’abriter. Le premier tiers, jusqu’au refuge Elena, n’est pas très raide. Ici, j’en profite encore pour remplir ma réserve d’eau. Ensuite, ça devient très très dur, le sentier est pentu, je ruisselle de partout et les grosses gouttes de transpiration qui perlent sur mon front finissent invariablement dans mes yeux, ça me brûlent et m’empêchent d’y voir clair. En gros, je monte avec cette tête : Ces 1h20 de montée m’ont paru durer des siècles, et j’arrive enfin à la frontière italo-suisse, à presque 17h. J'en prends plein les yeux, qui cette fois-ci sont grand ouverts ! La vue ici est juste fabuleuse : d’un côté le val Ferret italien avec le Mont-Blanc, d’un autre le val Ferret suisse avec des sommets à perte de vue. Aussi, l’avantage d’y être si tard, c’est qu’il n’y a plus personne, que je peux en profiter pleinement, et que je vais pouvoir descendre sans gêner les randonneurs. Aller, ciao Italia, tu m’en auras bien fait bavé !!

La descente est superbe, et je retrouve des forces pour m’amuser dans ce petite monotrace, un peu roulant, un peu technique, juste comme j’aime ! Comme hier, c’est avec un large sourire que je dévale ces kilomètres. Le dernier tiers est moins intéressant, sur une large piste gravillonneuse. Les kilomètres finaux, une horreur, sur le bitume et en faux-plat descendant. Mes genoux et mon dos sont à bout, je suis obligé de marcher quand je ne trouve aucun rebord herbeux ou terreux où évoluer.

Ça y est, je vois enfin le gite Edelweiss, où je vais passer la nuit. Repas délicieux le soir, rencontre de cinq personnes vraiment sympathiques avec lesquelles je vais passer la soirée à discuter. Au fond de moi, j’espère sincèrement que mon pote avait raison, et que je viens bien de conclure la journée la plus dure. Parce que demain, ce qui est sûr, c’est que c’est la plus longue qui m’attend, avec plus de 40 km à parcourir. Si les sensations sont les mêmes, ça ne va pas être de la tarte…

Bilan : 37 km, 2200 m+, 1800 m-, 7h37’.

Etape 4 : La Fouly (Suisse) – Le Tour (France)

Douce France

Cette étape, je l’ai dans un coin de ma tête depuis mon départ des Houches. Et peut-être même depuis que nous avions élaboré notre parcours. C’est LA grosse étape de ce TMB, avec plus de 40 kilomètres au compteur, incluant la montée de Bovine et le col de Balme, et à la clé un retour en France. Heureusement, cela commence par une partie tranquille jusqu’à Champex. Enfin c’est ce que je pensais en me réveillant…

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Cette nuit, Morphée n’a pas daigné venir me prendre dans ses bras. Je n’arrive pas à dormir plus de deux heures d’affilées. Le problème : j’ai les jambes et le dos en bouillie, et je n’arrive pas à trouver une position confortable pour m’allonger.

Comme tous les matins, je dévore tout ce que je trouve sur la table au petit-déjeuner, et je passe à l’épicerie du coin pour m’acheter un frugal pique-nique. Je démarre ensuite sur une route où je n’ai même pas le courage d’essayer de courir. Une large trace le long d’un cours d’eau me permet ensuite d’alterner marche et footing. J’ai le sentiment d’être un pantin désarticulé : mes articulations sont en guimauve et je ne contrôle pas mes membres. Durant de longs kilomètres en faux-plat descendant, j’essaie de retrouver des sensations. Bien que je n’aie pas spécialement adoré sa lecture, je repense sans cesse au bouquin de Kilian Jornet, quand il explique les difficultés qu’il a à se mettre en route les matins lors de sa traversée des Pyrénées, et le fait qu’il se force à courir pour relancer la machine. Et ça marche ! Petit à petit, mes muscles et mes articulations s’échauffent, retrouvent de la force et du dynamisme. Au bout d’une demi-heure, j’arrive à courir à peu près convenablement ; après une heure, je me sens étrangement bien, les douleurs se sont envolées. J’avance doucement mais je me sens bien dans ce petit bois où j’évolue maintenant, et qui remonte d’ailleurs l’itinéraire de Verbier – St Bernanrd. Il est pas mal, finalement, ce Kilian !! Par contre, il y a régulièrement des sections sur bitume, qui elles ne passent pas du tout. Et là, après mes 12 premiers kilomètres, c’est le drame. 500 m+ à grimper, sur environ 5 km, avant d’arriver à Champex. Je n’avais pas vu cette côte sur la carte. Le moral prend une claque énorme, je fais quasiment du surplace dans la montée. Quand j’arrive à Champex, où le ravito de l’UTMB est d’ailleurs déjà en place, c’est pour me coltiner plusieurs kilomètres de goudron. Je passe tout en marchant, je refuse de courir sur la route. Après avoir boudé pendant presque quarante minutes, je me résous à alterner marche rapide et course, non pas que j’en ai envie, mais parce qu’au moins ça passera un peu plus vite. A ce moment-là, je maudis la Suisse entière (sauf Deru84 et forrest_team, naturellement !! désolé si j’oublie d’autre Suisses cachés sur le site…). Champex Lac, Champex d’en Haut, Champex d’en Bas, tout y passe, presque sans aucun sentier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça me donne envie de tout sauf de faire la CCC ! Après vingt bornes de galère depuis la Fouly ce matin, la libération : j’attaque enfin la montée vers Bovine. C’est dur, c’est raide, mais au moins c’est sur un chemin. Ce dernier a d’ailleurs été refait sur plusieurs endroits, complètement défoncé et avec des caillasses de partout. C’est moche, c'est instable et ça glisse, mais c’est toujours mieux que du goudron… La progression est lente et difficile, et j’ai de nouveau très chaud. Comme hier, j’ai du mal à garder les yeux ouverts à cause de la transpiration. Vers le sommet, la pente s’adoucie et je retrouve du mordant. Je me surprends même à courir en montée, alors que je vois le chalet de Bovine au loin. A mon passage, une marcheuse anglaise lance à sa copine « Regarde, c’est encore un de ces tarés qui courent en montagne ! ».

Presque deux heures après avoir traversé Champex, je bascule pour 45 minutes de pur bonheur en descente, direction le col de la Forclaz. J’y trouve de l’ombre et un petit monotrace bien technique. Je traverse aussi un ou deux alpages au beau milieu des vaches, en prenant soin de marcher pour ne pas effrayer les bêtes. Au col de la Forclaz, sandwich et tartinage de crème solaire.

Alors que je reprends mon chemin, je me fais doubler par un autre trailer. Je m’accroche et reviens sur lui dans la descente sur Trient. On tape la discute pendant un petit quart d’heure. Lui prépare la CCC, c’est sa dernière grosse sortie. A Trient, je m’arrête à une fontaine pour remplir mon camelbak. Mon accompagnateur part devant, je ne le reverrai plus ! Il m’avait prévenu qu’il était meilleur en montée qu’en descente ; effectivement ! Trient, c’est également un vrai four : chaleur infernale, pas la moindre petite brise, encore et toujours du bitume… Je suis littéralement en train de fondre sur place !

Heureusement, lorsque j’attaque les 900 m+ de la montée finale vers le col de Balme, je m’enfonce dans une épaisse forêt où il fait relativement frais. Par contre, j’ai déjà plus de trente kilomètres dans les pattes, et ce n’est pas la grande forme. Je me mets alors en mode zombie : je baisse la tête, regarde 20 cm devant mes pieds, essaie de marcher en rythme en m’aidant le plus possible de mes bâtons, et en ne pensant à rien si ce n’est boire régulièrement. Aux deux tiers de l’ascension, je quitte les sous-bois alors que la pente se fait plus douce. Il y a beaucoup de vent, la température est agréable, et je vois le sommet du col à quelques encablures. Cette vision me booste immédiatement, et me revoilà enfin en France après 1h40 de montée. Au sommet, je m’accorde une très longue pause : je mange, bois, prends des photos, discute avec un couple de petits vieux arrivés ici je ne sais pas comment, m’étire, téléphone et envoie des texto à ma famille… Je suis soulagé comme rarement, car je sais qu’il ne me reste plus qu’une grosse descente pour venir à bout de cette étape.

Cette descente sur Le Tour, justement, je la connais bien pour l’avoir faite en randonnée l’an passé. La première partie est raide et assez technique, avec beaucoup de pièges dans des grosses pierres ; la seconde est plus roulante, avec des passages où s’amuser un peu. Je décide d’y aller sans me faire violence, ça serait trop bête de s’esquinter alors que je touche au but. Je termine donc en roue libre, avec une grosse demi-heure pour descendre environ 800 m-.

Bilan : 41 km, 2100 m+, 2100 m-, 7h34’.

Etape 5 : Le Tour (France) – Les Houches (France)

Home sweet home

Et bien voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Si tout se passe comme prévu, mon TMB doit s’achever dans l’après-midi, si possible pas trop tard. Je suis à la fois content de finir le boulot, mais aussi un peu déçu que cela s’achève déjà. Je connais en partie l’étape qui m’attend, pour l’avoir faite en randonnée l’année dernière. La seule section que je ne connais pas, c’est la montée au Brévent et sa redescente. A vue de carte, ça n’a pas l’air bien méchant ; dans les faits, ça ne va pas être si facile.

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Encore une fois, je passe une mauvaise nuit. Les quelques étirements que j’ai pu faire hier soir ne m’ont pas aidé à soulager des articulations en piètre état. Comme à mon habitude, je me gave pour le petit-déjeuner. En plus, je ne prévois pas de m’acheter de pique-nique aujourd’hui : il n’y a pas de magasin à portée du refuge, et il me reste suffisamment de barres et gels pour tenir une journée. En plus, ça m’agace de m’être surchargé pour cinq jours alors je compte bien manger ce que j’ai transporté.

Pour une fois, j’arrive à être assez matinal, puisque je pars vers 8h30. La météo annonce des températures caniculaires, et vu comment j’ai souffert de la chaleur jusque-là, partir un peu plus tôt et profiter de la fraicheur ne me fera pas de mal. Jusqu’au col de Montets, le chemin est vallonné. J’arrive à peu près à courir, même si les premières rampes à gravir me semblent difficiles. En entrant dans la réserve naturelle des Aiguilles rouges, je débute la montée vers la Flégère. J’apprécie de prendre cet itinéraire, car j’emprunterai ces chemins lors du trail des Aiguilles rouges, dans un peu plus d’un mois. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça monte ! Il y a beaucoup de grosses pierres et de dalles, c’est assez technique. Au passage, je me fais littéralement déposé par un mec qui fait la montée en courant, quand je galère à la faire en marchant ! 10h, ça y est, je suis passé en mode grillade. Comme hier et avant-hier, transpiration, yeux qui brulent, la tête comme ça , vous connaissez la chanson... Ça m’empêche tellement d’ouvrir les mirettes que j’en titube à certains moments. Les gens que je viens de doubler doivent se dire que je ne suis plus très net.

Après 900 m+, j’attaque les balcons du Mont-Blanc, beaucoup plus plats mais toujours assez piégeux, pour atteindre la Flégère en 2h20, quand je pensais le faire en 2h. C’est clair, c’est pas la forme des grands jours !

Un remplissage de gourde plus tard, je me lance sur le balcon sud, faisant la jonction avec Planpraz. Des passages vraiment sympas, parfois à flanc de falaise, me font vite rejoindre le pied du Brévent. Et là, c’est plus de 1h30 de galère qui commence. C’est raide, sur des caillasses blanchâtres qui reflètent la chaleur, je suis épuisé, j’entre en phase de liquéfaction tellement j’ai chaud. La seule chose qui me permet de garder espoir, c’est que malgré mon rythme d’escargot, j’arrive tout de même à dépasser quelques randonneurs (qui certes ont un sac trois fois plus gros que le mien) qui semblent encore plus en perdition que moi. Je trouve aussi une super excuse pour me donner bonne conscience : c’est la toute dernière côte de mon TMB, et je me dois de prendre mon temps pour en profiter pleinement, ensuite il sera trop tard. Et bien je peux vous dire que j’en ai profité !! Heureusement, la partie entre le col et le sommet est plus ludique, avec quelques passages de grimpette et deux petites échelles à passer. Il me faut quasiment deux heures pour rallier le sommet du Brévent, mais ça y est, j’y suis ! Le panorama à 360° me fait (presque) oublier les efforts consentis. Je m’assois longuement pour me ressourcer avant une très longue descente.

1500 m- quand on est à bout physiquement, c’est un peu rude. En plus, l’affaire se corse quand c’est hyper raide et technique. Et puis la chaleur torride ne facilite certainement pas les choses. Et pour ne rien gâcher, seulement dix minutes après m’être élancé, je tombe en panne d’eau. Je préfère vous dire que ce n’est pas la meilleure descente que j’ai faite, loin de là ! Les 1000 m- du début sont sûrement les plus durs que j’ai jamais courus, c’est pierreux et instable, quelques passages sont équipés de chaines, puis c’est un parterre de racines qu’il faut négocier. Et le tout en étant desséché du gosier ! Au bout d’1h45, j’ai les cuisses complètement tétanisées, je n’ai pas croisé la moindre fontaine, mais j’y suis, de retour aux Houches. Sauf qu’au lieu de redescendre à la gare directement, destination ultime pour achever mon TMB, je remonte un petit bout de route pour aller voir ma cousine qui travaille dans un hôtel du coin. Quel bonheur quand elle me propose quelque chose à boire ! Je m’enfile un coca et deux litres d’eau en un temps record, je n’ai jamais eu aussi soif.

Quand je repars de l’hôtel, il me reste un tout petit dernier kilomètre à descendre sur la route. Je pensais le faire en marchant, mais je ne résiste pas à l’idée de courir ces dernières foulées. J’arrive enfin à la gare des Houches, content et soulagé d’en avoir fini. J’attends avec impatience d’être de retour dans la vallée pour la seule, la vraie, l’ultime récompense : une bonne bière bien fraiche !!!

Bilan : 29 km, 1400 m+, 1900 m-, 6h11’.

Total sur 5 jours : 175 km, 9900 m+, 9900 m-, 35h53’

Bilan

Et voilà, c’est fini !! Enfin non pas tout à fait. Juste un petit retour sur ce TMB, avec un peu de recul :

- d’un point de vue sportif, ce tour fut une franche réussite. Au départ, je craignais vraiment l’enchainement de 5 jours de trails, mais tout s’est plutôt bien passé. Bien sûr, je termine très fatigué, mais j’ai tout de même pu courir et avancer à un rythme honnête, même sur les deux derniers jours. Et les grosses chaleurs ne m’ont certainement pas aidé. En plus, jusque-là, mon trail le plus dur était de 43 km et 2350 m+. Sur ce TMB, j’ai enchainé 5 étapes presque aussi dures, et ça c’est vraiment de bon augure pour les Aiguilles rouges fin septembre (50 km, 4200 m+).

- d’un point de vue matériel, je ferai un post à part, pour détailler tout mon équipement, le poids, ce que j’ai utilisé ou non. Mais je peux d’ores et déjà dire que je pense avoir bien géré cette partie. Je ne pouvais pas prendre moins de chose sans prendre de risque en cas d’orage, d’accident, d’égarement, etc. Le seul point négatif fut mon hydratation : j’aurais dû m’arrêter plus souvent aux fontaines, dans les bistros ou les refuges que j’ai croisé pour remplir ma poche à eau à chaque fois. J’ai souvent dû me restreindre pour être sûr de ne pas finir à sec, comme ce fut le cas sur le dernier jour.

- d’un point de vue humain, j’ai pu rencontrer beaucoup de gens très sympa, ravi de partager leurs expériences, et souvent très curieux quant à la pratique du trail. L’ambiance aurait évidemment été différente si mes deux compagnons de route avaient pu être de la partie, mais je ne regrette pas d’avoir continué tout seul. (Soit dit en passant, celui qui s’était fait une entorse au genou doit se faire opérer des croisés, et il n’est pas prêt de remettre ses basquets…)

- d’un point de vue personnel, je suis content et fier d’être allé au bout, même en étant en solo. Je me suis vraiment régalé, et aujourd’hui encore, je suis sur mon petit nuage et j’ai du mal à penser à autre chose. Bien sûr, j’en ai parfois bavé, mais l’aventure n’en est que plus belle. Pour finir, j’atteins également le deuxième gros objectif que je m’étais fixé cette saison, après mon trail de 40 km. Il m’en reste encore deux à atteindre, dont un peut-être ce weekend, affaire à suivre…

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